QUELQUES ÉCHOS DU PASSÉ DE BRÉCHAMPS...
Connaissant bien notre village, jadis un curé de Prouais en
résumait l'aspect très laconiquement
"
Bréchamps, petits champs, petites gens".
A la fin du XVIIIème siècle.
Ces "petites gens" sont, pour la plupart, des vignerons,
des laboureurs et des éleveurs de moutons.
La démographie est alors très stable : environ 350 paroissiens,
4 à 5 baptêmes par an, autant de décès,
autant de mariages.
Ce sont tous des gens effacés que semble épargner la
misère. En 1774, le testament d'une veuve de laboureur, la femme
Godard de Ruffin, révèle le legs fait à ses petites-filles
- 12 draps, 12 chemises. 8 serviettes,
- 1 parure de boucles d'argent,
- un livre d'église à plaque d'argent,
- un lit, sa literie et quelques vêtements (costume noir pour
les cérémonies et jupe rouge pour les fêtes). Le
linge était alors un capital que protégeaient de grands
coffres.

Au milieu du XIXème siècle.
Nos prédécesseurs changent de profil. Cent seize familles
de cultivateurs produisent des céréales, dont le rapport
s'avère bien supérieur à toutes les prévisions.
Cette reconversion est rendue nécessaire.
Tandis que 54 vignerons acquittaient la dîme du vin en 1763,
la vigne, moins d'un siècle plus tard, est
condamnée par le phyloxéra. La maladie "du sang
de rate" est une autre calamité qui décime tous
les troupeaux de moutons qui animaient le paysage.
Fixant le souvenir de ces activités si totalement disparues,
il reste dans l'église la statue de St-Blaise, bienveillant
patron des cardeur de laine. On connaît aussi le "chemin
des Vignes"...
Mais on a sans doute oublié qu'en 1900, M. Laroche, un instituteur
de Chaudon, fit l'expérience de replanter sur l'un des coteaux
de Bréchamps, un vignoble si remarquable que le Jury de la Société de
viticulture d'Eureet-Loir vint s'y intéresser sur place, au
mois de mai 1910. Les cépages sélectionnés comprenaient
du Gamay, du Pinot de Bourgogne et d'autres variétés
soigneusement choisies en fonction de notre climat. Malgré la
réussite d'une telle initiative, l'exemple ne fut pas suivi.

Le Second Empire et ses suites.
La qualité de vie des paysans connaît une embellie sous
le Second Empire. C'est une époque novatrice qui honore le travail
et prône l'économie.
Une Caisse d'Épargne est ouverte, une Mutuelle a pour but d'assurer
les retraites et de couvrir des frais de maladie. Toute proche, la
ville de Nogent-le-Roi entrevoit rapidement la réalisation d'une
complète modernisation (écoles, gare, hôtel de
ville, hospice).
A Bréchamps, on peut se réjouir de l'activité des
moulins et de l'exploitation des carrières de chaux; Il est
fréquent de faire appel à des journaliers saisonniers.
Conséquence d'une défaite, l'occupation qui suit la
guerre Franco-Prussienne de 1870 met fin à une ère
de prospérité.
Notre commune, pendant 48 heures, hébergera plus de 1000
hommes de troupe. On assistera avec désespoir aux réquisitions
brutales de l'ennemi : les chevaux, les charrettes, les denrées,
le bétail !
Aucune aide ne pourra compenser les dommages. La population est ruinée
!
En 1874, on recense 26 indigents valides que la commune occupe épisodiquement à la
réfection de ses chemins. En 1879, vingt cinq familles résidant à Bréchamps
(environ 80 personnes) ont dépassé le seuil de l'extrême
pauvreté.
Les vagabonds réapparaissent sur tous les chemins du département.
Certains d'entre eux sont agressifs. D'autres sont des simulateurs
dont la philosophie se borne à une constatation cynique : "Une
besace bien portée vaut
mieux qu'un cheval de labour !". Dans ce contexte désolant,
le souci majeur du préfet est d'éradiquer la mendicité.
Lucienne JOUAN-UNAI
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